Et s'ils se trompaient?... dans Points de repere et secteurs gallois-ayrault-150x150Et s’ils se trompaient? Le rapport Gallois est fantastique. Les mesures concrètes proposées sont pleines de pragmatisme, utiles, attendues et parfois révolutionnaires. Le gouvernement en reprenant nombre d’entre elles, et investissant 20 milliards de crédit d’impôt, lance un plan de changement enthousiasmant et prend un risque historique. Pour autant Messieurs Gallois et Hollande n’ont-ils pas fait fausse route, chacun à leur façon, en ne se concentrant pas sur l’investissement?Sans être un économiste chevronné, et sans reprendre point par point le remarquable rapport Gallois, je voudrais néanmoins signaler une proposition historique: faire entrer les salariés au conseil d’administration des sociétés. Il est en effet largement temps de faire participer des représentants des collaborateurs aux décisions de l’entreprise (c’est déjà le cas mais dans de très rares sociétés). En revanche, c’est un très grand challenge pour les syndicats qui vont devoir recruter et former des responsables de haut niveau pour prendre ces responsabilités. Aux syndicats aussi de se transformer profondément et de s’apprêter à abandonner certaines doctrines. Je suis sûr que leurs patrons en sont tout à fait conscients.

Mais j’aimerais surtout insister sur la mesure la plus coûteuse du rapport Gallois et sa révision mardi par le Gouvernement.

1. Louis Gallois proposait en effet une baisse de 30 milliard des charges sociales dont 1/3 concernaient les charges des salaires jusqu’à 3.5 fois le SMIC. Cet effort sur les charges salariales aurait créé une réserve de compétitivité pour les entreprises et une hausse du pouvoir d’achat pour beaucoup de salariés. Certes, le financement de tout cela – en grande partie par une hausse de la TVA – rabiotait un peu les effets de la mesure globale sur le pouvoir d’achat, mais ce système permettait quand même d’éviter un coup d’arrêt de l’économie. En contre-partie, Monsieur Gallois escomptait  notamment une reprise des investissements des entreprises, leur permettant, par l’accroissement des marges, de relancer l’innovation et l’élargissement des gammes de produits vers le haut du marché.

Mais je n’avais pas vu de mesure permettant garantissant vraiment ces vases communicants. En misant sur une baisse des charges, je crainds que nos entreprises en auraient profité pour baisser leurs prix pour reprendre des marchés au plus vite. En quelque sorte, un effort à court terme de l’Etat aurait généré une réponse à court terme mais n’aurait pas résolu le sujet de la réindustrialisation du pays.

2. La version Ayrault est de choisir de faire passer le choc de compétitivité via un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros accordé aux entreprises, proportionnellement au nombre d’emplois qu’elles auront en France (en gros…). C’est intéressant car c’est une mesure qui aura sans doute plus d’effets immédiats sur l’emploi que la précédente. En revanche, la contre partie demandée par le gouvernement est uniquement l’emploi, misant sans doute sur le fait que moins de chômeurs, ce sont plus de consommateurs, ce qui va permettre aux entreprises d’améliorer leur chiffre d’affaires, etc…

Là encore, si l’on aboutit in fine aux 300 000 emplois escomptés, ce sera un très bon bol d’air pour l’économie française… mais cela risque de n’être que rebelote dans deux ans car ces mesures court-terme demandant des contre-parties cour-terme, elles ne vont hélas pas non plus dans le sens d’une refonte de notre tissu industriel via l’investissement dans les outils de production.

En conclusion, dans une entreprise on finance du long terme par des crédits à long terme et du court terme par du crédit à court terme, or ici on est en train d‘essayer un mix inédit court-terme long terme…

Cette lecture est peut-être un peu pessimiste, rassurez-vous, quoique il en soit, j’ai envie d’y croire!

Guillaume Fradet

 

 

2 Réponses à “Et s’ils se trompaient?…” Subscribe

  1. Anonyme 8 novembre 2012 à 17 h 24 min #

    Bravo pour cette article Guillaume – néanmoins, tu seras content d’apprendre que la présence de salariés au Conseil d’administration (ou Conseil de Surveillance) est déjà partiellement prévue par les textes pour les sociétés côtées.
    Dans 2 cas a) lorsque l’actionnariat salarié représente +3% du capital social et/ou b) lorsque les statuts de la société le prévoient. Dans le cas contraire, le Président doit s’en expliquer dans son rapport annuel.

    Quel est le statut de l’administrateur, représentant les salariés et les actionnaires salariés ?

    Les administrateurs représentant les actionnaires salariés ou les salariés ont un statut, des pouvoirs et des responsabilités identiques à ceux des autres membres. Comme tout membre du Conseil, ils doivent démontrer leur indépendance d’esprit et adopter un comportement conforme à l’intérêt social de l’entreprise.

    Lorsque les salariés actionnaires détiennent au moins 3% du capital social, la loi oblige les sociétés à élire en Assemblée générale, parmi ces salariés actionnaires, un ou plusieurs membres du Conseil Au-delà de cette obligation légale, des salariés actionnaires peuvent siéger au Conseil, sur une base volontaire de l’entreprise et de manière consensuelle, en dehors de tout seuil.

    Les représentants des salariés :

    La loi permet aux sociétés de prévoir dans leurs statuts que des membres élus par le personnel salarié siègeront avec voix délibérative au Conseil. Au regard de la nécessaire diversité des points de vue exprimés au sein du Conseil, la présence de membres salariés compétents peut être un élément favorable à la mise en oeuvre d’une stratégie d’entreprise incluant un volet de responsabilité sociale. S’agissant des sociétés qui n’ont pas de membre salarié au sein de leur Conseil, il convient de reconnaître comme bonne pratique de gouvernance que le Président du Conseil s’en explique dans son rapport annuel à l’Assemblée générale. Le Comité des nominations veille à la mise en place par la direction générale d’une information des salariés sur leur représentation au sein du Conseil.

    Dès sa nomination, le membre du Conseil élu par les salariés a l’obligation légale de démissionner, dans les huit jours, de tout mandat syndical. Les modalités de communication entre le membre du Conseil élu par les salariés et ses «électeurs» sont précisées au préalable, par exemple dans le règlement intérieur du Conseil.

    Il faut distinguer les représentants des salariés proprement dits des représentants du Comité d’entreprise. S’ils siègent au Conseil, ces derniers n’y ont qu’un rôle consultatif. Toutefois ils disposent du même droit à l’information et sont soumis aux mêmes obligations de discrétion que les autres membres du Conseil.

  2. guillaumefradet 8 novembre 2012 à 18 h 48 min #

    De la part de Jean-Pierre Guiné:

    Guillaume,

    Merci de nous faire profiter de ton blog, comme je l’ai déjà dit, il est « rafraichissant », dans le sens tu parles de façon légère -mais argumentés- de sujets compliqués.

    S’agissant du fond de ton article, je vois les choses différemment, du moins j’ai compris différemment la communication autour des mesures prises.

    Il n’y a aucune contrepartie demandée aux entreprises aux mesures de crédit d’impôts, contrairement à ce que réclamait Montebourg.
    Cependant, la mise en place de salariés au CA, le temps ambiant et la pression médiatique font espérer au gouvernement que les ressources tirées des crédits d’impôts iront aux investissements, embauches, et R&D plutôt qu’à la distribution de dividendes.
    Les 300.000 emplois évoqués par le 1er ministre ne sont qu’une perspective provenant des calculs de Bercy.

    Je t’invite à lire l’interview de Louis Gallois dans Les Echos d’hier, elle est tout à fait explicative.
    http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/interview/0202371611435-louis-gallois-la-france-va-etre-percue-differemment-508452.php

    On en reparle.
    Bien à toi.

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